Le jour où Daniel Balavoine nous a quittés…

Il y a des papiers que l’on aimerait ne jamais avoir à écrire, des dates que l’on souhaiterait pouvoir oublier, et des moments qui restent pourtant gravés à jamais dans la mémoire. Pour ce qui me concerne, c’est le cas du terrible accident d’hélicoptère survenu le 14 janvier 1986 au Mali, près de Gourma Rharous le long du fleuve Niger, qui a entrainé la disparition de Thierry Sabine, de Daniel Balavoine, mais aussi de leurs compagnons, le pilote François-Xavier Bagnoud, la journaliste Nathaly Odent, et le technicien radio Jean-Paul Le Fur.
Les circonstances ont voulu que je sois impliqué de très près dans ce drame, puisque jusqu’à la demie étape de Gao, le jour même, je devais me trouver à bord de l’hélico avec Thierry, dans le cadre du livre que j’écrivais avec lui à l’occasion de cette édition du Paris-Dakar. Le destin en a voulu autrement, le mien n’était pas de terminer ma trajectoire ce jour-là, je ne saurai jamais pourquoi ? Pourquoi eux, pourquoi pas moi ?

Quelques années plus tard, le 18 novembre 1988, un confrère, qui aurait dû prendre place à bord du petit bimoteur, qui s’est écrasé ce jour-là peu après le décollage de Toussus le Noble, et qui ne s’était pas réveillé à temps ce matin-là, m’a dit:  » Je comprends ce que tu ressens… ».  Malheureusement, à bord de cet avion-là, il y avait sept personnes, dont François-Xavier Beaudet, mon ami, mon complice, presque mon frère, celui qui avait été mon copilote lors des « Dakar » 1983 et 1984, comme l’avait été Daniel en 1985. Il faut bien accepter ce destin terrible, en Afrique on dit: « Mektoub », « c’est écrit », ou encore « Inch Allah », « si Dieu le veut ». Il me semble indispensable d’adhérer à cette philosophie, puisque notre propre trajectoire peut nous échapper à tout moment.

Il faut continuer, parce qu’il faut témoigner, poursuivre la route et continuer à porter le message qui avait entraîné Daniel à revenir en Afrique, en 1986, un an après notre participation en tant que concurrents à bord du Toyota N° 220. Il était là dans le cadre de l’opération Paris-Dakar-Pari du Cœur », initiée par Daniel et Thierry, destinée à implanter des pompes à eau dans les régions les plus déshéritées d’Afrique, au Mali, pour permettre aux populations de cultiver des périmètres jusque-là désertiques, afin d’assurer leur indépendance alimentaire. Daniel avait inauguré la première pompe alimentée par des panneaux solaires, implantée dans un village près d’Agadez, au Niger, quelques jours avant le drame. Ce sont des images que vous avez certainement vues à la télévision dans des émissions spéciales.  Il était ému mais aussi hilare, heureux comme un enfant de cette première concrétisation de l’action entreprise, qui s’est poursuivie et amplifiée après le drame grâce à l’Association Daniel Balavoine » présidée par sa sœur Claire, qui a pris la suite de son frère Bernard.

Après le choc terrible de sa disparition dans ces circonstances tragiques, sa famille, ses amis les plus proches ont décidé qu’il était impossible que l’histoire s’arrête là, parce que le sort en avait voulu ainsi… Depuis 25 ans plus de 30 villages ont été équipés de motopompes dans la région de Gao et d’Ansongo au Mali, permettant de cultiver ces périmètres jusque là arides, et le but poursuivi par Daniel et par Thierry a été atteint.  Plus tard, sans eux, mais grâce à eux !

Aujourd’hui, alors que le vingt cinquième anniversaire de la disparition de Daniel a été marqué sur beaucoup d’antennes de télévision et de radio par des émissions spéciales consacrées à ce sinistre anniversaire, rien ne s’est effacé. Je me rappelle chaque minute de cette journée maudite, mais surtout chaque minute de notre aventure, un an plus tôt, sur les pistes africaines, dans l’habitacle du Toyota. De nos fous-rires, innombrables, de nos gags, de nos moments de tension aussi, il y en a eu bien sûr, de nos moments de soulagement et de cette joie intense, totale, quand j’ai arrêté le 4×4 sur la plage de Dakar et que nous avons couru vers l’eau, comme des gamins.

Cette eau, c’est ce qui manquait le plus aux habitants qui nous faisaient des signes au bord de la piste, chaque jour ou presque, au Niger, au Mali ou en Mauritanie, et pour lesquels nous nous arrêtions pour laisser une gourde, un bidon, ce qui nous restait, quelques gouttes. Bien sûr, les « bobos parisiens » les bien-pensants, ceux qui restent à Paris dans les salons, et jugent de ce qui est bien ou pas, peuvent toujours critiquer le fait que ces actions ne représentent qu’une goutte d’eau, justement, par rapport à tout ce qui reste à faire. Mais pour les dizaines de milliers de personne en Afrique dont la vie quotidienne s’est un peu améliorée grâce à l’Association Daniel Balavoine, et aux autres ONG (Organisations Non Gouvernementales), qui travaillent sur le terrain dans ce sens, Daniel est et restera toujours vivant, tant que son message vivra, et que des humains seront là pour le porter.

Je pense qu’une personne disparaît vraiment quand plus personne ne pense à elle, n’y fait référence, ne poursuit son action. Dans cet esprit là, je pense et j’espère que Daniel ne disparaîtra jamais, pour moi, pour tous ceux qui ont eu la chance de le connaître ou de l’approcher, et pour tous ceux à qui j’ai le plaisir, car c’en est un, d’en parler aujourd’hui !

Jean-Luc ROY

L’association Daniel Balavoine organise un concert hommage au Zèbre de Belleville les 4 et 5 février. Les billets peuvent être achetés sur les sites lechanteur.net et billeteduc.com.

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7 résponses à "Le jour où Daniel Balavoine nous a quittés…"

  • Catherine a écrit:
  • David Bénard a écrit:
  • pascal millet a écrit:
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  • BALAMED a écrit:
  • BONIFACIO Daniel a écrit:
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