Voilà, cela fait dix jours que la 76e édition des 24 Heures s’est achevée, et une fois la fièvre de l’événement un petit peu retombée, quelques reflexions nous traversent toujours l’esprit.

Si l’on osait, on dirait qu’il y a une petite analogie avec l’Euro de foot côté français. Telle une équipe de France, il est évident que le programme 908 suscite forcément une adhésion sans réserve de notre part. Tout comme il me paraît normal d’être derrière son équipe nationale (sans verser dans un nationalisme chauviniste, on est d’accord !) et espérer qu’elle aille le plus loin possible dans la compétition, il va de soi que l’arrivée de Peugeot sur la scène de l’endurance est une excellente chose. Les 908 sont des voitures sublimes et ce qu’elles ont réalisé en essais officiels cette année les a fait rentrer aussitôt dans la légende du sport automobile. Ce n’est pas trahir un secret que de dire qu’une petite corde sensible nous a fait forcément vibrer à l’approche de cette édition des 24 Heures du Mans et qu’on était pour Peugeot. De plus, pour retransmettre toutes les courses LMS depuis 2004, nous sommes bien conscients de ce qu’a représentée l’arrivée du grand constructeur français dans la discipline.

Nous l’avons toujours dit : nous admirons le travail d’Audi, même si depuis une grosse année, nous avons également relevé beaucoup d’exemples où la machine semblait se gripper quelque peu et où la belle organisation à l’allemande semblait montrer quelques fissures… Admirable également le travail de Peugeot, qui conçoit une voiture instantanément performante, invaincue en LMS et qui nous propose un spectacle absolument fascinant dans la première heures des 24 Heures, avec trois voitures dominatrices en forme d’escadrille d’avions de chasse.

Seulement voilà, dix jours plus tard, le constat est toujours le même : Peugeot a perdu. Et ça ne passe pas. On est déçu, triste pour nos amis pilotes Stéphane et Nicolas, on est solidaire d’une équipe de mécaniciens qui s’était préparée en conséquence, ne ménageant pas ses efforts pour réparer des voitures jusqu’au jour J (jusqu’à les reconstruire parfois !), donnant le meilleur d’eux-mêmes lors des arrêts aux stands… Ces mécaniciens, il paraît que nous les avons blessés au lendemain des 24 Heures en écrivant qu’ils étaient plus lents que chez Audi. Ce n’est pas vrai ; nous avons juste dit, comme l’ensemble de nos confrères, que les arrêts aux stands étaient plus longs. Nous nous doutons bien qu’une fois dans l’action, tout le monde a fait son boulot du mieux possible, et je devine que sont présents au Mans les meilleurs d’entre les meilleurs de Peugeot Sport. Auto Hebdo a publié cette semaine un très intéressant article consacré à la préparation des mécaniciens. La preuve que leur investissement a été total. Ca n’empêche pas Jean-Marc Teissedre d’écrire cinq pages avant, dans le même numéro : “A chaque arrêt, les Peugeot stoppent beaucoup plus longtemps que leurs rivales. C’en est même irritant de voir un mécanicien plonger systématiquement dans l’habitacle des 908 HDi, un autre taper d’un grand coup de poing sur la porte pour s’assurer que celle-ci est bien fermée, ou, plus grave, certains intervenants hésiter sur leurs gestes ou la conduite à tenir.” C’est un constat, en aucun cas une accusation. Ca ne remet pas en cause les qualités propres des uns et des autres, ni leur degré de motivation, et le dire ne fait pas de nous des accusateurs légers et soudainement injustes voire cruels. C’est juste que les 24 Heures du Mans 2008 se sont déroulées comme ça.

Bien sûr, on se doute aussi qu’on ne sait pas tout. Notre position de commentateur nous autorise à voir beaucoup de choses et surtout à dire ce qu’on pense, en toute bonne foi, mais pas forcément à connaître tous les paramètres. Nous sommes les premiers à penser qu’un trio Sarrazin-Montagny-Minassian aurait été l’arme absolue pour conquérir la victoire, et il nous semble bien que tous les pilotes Peugeot, même s’ils ont fait leur meilleur, n’étaient pas tous au même niveau… Il nous semble aussi que les pneus n’étaient peut-être pas totalement adaptés aux 908, surtout sur mouillé… Il nous semble qu’Audi a bénéficié d’une course étonnamment vierge de tout problème, ce qui n’arrivera pas forcément de sitôt… Il nous semble que Peugeot n’a pas eu de réussite… Bref, il nous semble beaucoup de choses, notamment aussi au niveau de l’autorité dans l’équipe, mais nous ne voudrions pas nous mettre en porte-à-faux avec MM. Barge, Famin et Saulnier qui sont de grands professionnels et aussi des personnalités intéressantes et franchement sympathiques, qui se donnent à fond comme leur équipe pour un beau et grand projet qui n’a pas voulu marcher cette année alors que pourtant, toutes les conditions étaient réunies pour un succès. Si moi je suis déçu, que doivent-ils ressentir alors !

Hugues de Chaunac, qui aime le football, se plaît à dire que le LMS c’est comme la Ligue des Champions et que les 24 Heures du Mans, c’est la finale de la Coupe du Monde… Pas faux. Peugeot est donc champion d’Europe, pas encore du monde. Etre favoris ne suffit pas. Avoir toutes les cartes en main ne suffit pas. Nous ne savons pas tout ce qui s’est passé au Mans, mais nous nous doutons que Peugeot aura les capacités d’anayser la situation et de réagir. Et nous soutiendrons objectivement cet effort, comme nous continuerons d’observer le plus objectivement possible ce qui se passe en course.

 

 

 

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2 réponses à “Le Mans, dix jours plus tard…”
  1. Denis Bourriez dit :

    Je suis d’accord avec les propos de Jean Marc Tessedre et une bonne partie de l’explication concernant le défaite de Peugeot est là. Depuis les tribunes, face aux stands, j’avais l’impression que les décisions étaient prises par un quatuor et non par un patron désigné, maitre de la stratégie et de la course, bref je me demandais s’il y avait un capitaine dans le bateau du lion.

    Peugeot a construit un missile qu’aucun proto n’est capable de suivre en performance pure, si on ajoute à cela la valeur des pilotes on ne comprend alors pas pourquoi les 908 n’ont pas occupé au moins les deux premières places du podium. Le pire, c’est que hormis sur la n°8, il n’y a pas eu d’incident technique majeur, preuve que le travail de l’hiver a porté ses fruits. En résumé, il y avait tout pour que la marseillaise retentisse, malheureusement ce n’est pas encore pour cette fois.

    Et maintenant, qu’en sera t’il de l’édition 2009, on peut se poser la question bien volontiers car je doute qu’Audi ne revienne dans la Sarthe avec ses R10 en bout de développement en sachant qu’ils ont eu chaud cette année et que sans réaction forte il sera difficile de ré-éditer l’exploit, nul doute que chez Peugeot on va travailler pour grappiller ces fameuses 10 minutes qui ont fait toute la différence.

  2. Mike dit :

    Je n’ ai pu lire l’ article en question, n’ ayant toujours par reçu le dernoer Auto Hebdo, mais je crois qu’ il y a trop de têtes pensantes chez Peugeot et que chacune devrait uniquement s’ occuper d’ un domaine. Avec un Jean Todt aux commandes, Peugeot aurait probablement gagné la course…

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