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JCO n’est plus là, et le désert pleure…
Puisque nous sommes tous passionnés par les sports mécaniques, nous savons depuis toujours que nous devrons nous habituer à perdre régulièrement certains de ceux qui nous entourent, ceux que nous admirons, ceux pour qui nous éprouvons de l’amitié, de la complicité, et même plus que ça…
Des sentiments tellement forts que nous savons, sans l’évoquer, par pudeur, sans mettre un nom sur ce qui nous menace, que seule la disparition de l’un d’entre nous pourra briser ces liens, et mettre ainsi fin à jamais à cette relation privilégiée, à cette relation unique qui a contribué à nous construire au fil des années et des aventures vécues et ressenties ensemble.
Avec la disparition de Jean-Claude Olivier lors d’un tragique accident de la circulation le samedi 12 janvier, ce sont 35 années d’émotions très fortes qui me submergent, partagées au Dakar, en Afrique, sur les circuits, en essais, en France, en Californie ou ailleurs.
JCO c’était un homme de caractère, plein, entier, solide, courageux, parfois jusqu’au sacrifice, habité d’une foi inébranlable, d’une droiture que l’on rencontre peu, voire très peu, en ce bas monde. Exigeant avec les autres, mais encore plus avec lui-même, impliqué, engagé à fond, dur au mal à un point incroyable. Qu’il emmène une moto de 250 kilos jusqu’à Dakar, avec les deux poignets brisés quelques semaines plus tôt, ou qu’il ait la main et les doigts arrachés par l’hélice d’un engin volant qu’il prépare lui-même.
Le nom de JCO a été indissociable de celui de Yamaha pendant 45 ans, en France mais aussi dans le monde, et les plus hauts responsables de la marque ont compris très vite qu’ils avaient la chance de pouvoir s’appuyer sur la compétence et la passion d’un homme qui vibrait de toute son âme pour cette marque et pour ses motos. La 500 XT, la 125 DTMX, la V-Max, la 350 RDLC, la liste est longue des motos-passions pour lesquelles il s’est investi personnellement pour qu’elles soient commercialisées à grande échelle et deviennent des succès commerciaux éclatants, puis des mythes.
Homme du Nord, passionné de compétition sous toutes ses formes, de challenge, de tout ce qui peut permettre de repousser ses limites, JCO avait immédiatement adhéré et soutenu la création de l’Enduro du Touquet et du Rallye Paris-Dakar par Thierry Sabine, des épreuves extrêmes auxquelles il avait lui-même participé en tant que pilote, dès l’origine : 25 fois sur la plage du Touquet et à neuf reprises sur les pistes du désert terminant même deuxième en 1985.
Jean Auréal, Patrick Pons, Christian Sarron, Hubert Rigal, Jacky Vimont, Jean-Philippe Ruggia, Michel Mérel, Serge Bacou, Olivier Jacques, Stéphane Peterhansel, etc. ils sont innombrables à lui devoir leur carrière, leur destin, leur trajectoire.
Parce que JCO faisait partie de cette race de leaders qui peuvent se permettre de montrer l’exemple, de dire : »suivez-moi », et pas seulement « en avant »…Il montrait l’exemple et s’appliquait à lui-même la rigueur et l’abnégation qu’il exigeait de ses pilotes et de ses collaborateurs.
A presque 68 ans, il avait conservé une forme physique et une énergie incroyables qui lui permettaient de continuer à pratiquer tous ces sports extrêmes qu’il adorait.
Depuis presque trois ans, il avait choisi de profiter de la vie, de Colette et de ses enfants, de pouvoir enfin consacrer du temps à tout ce qu’il avait dû laisser un peu de côté pendant 45 ans. Il avait récemment décidé de vendre plusieurs de ses motos et de ses équipements au profit de l’Institut du Cerveau et de la moelle épinière du professeur Saillant, et il était très soucieux de savoir comment cette action serait perçue, nous en avions longuement parlé auparavant.
Par la faute d’un camionneur endormi au volant de son engin de mort sur l’autoroute du nord, un sale matin de janvier 2013, le monde de la moto et des sports mécaniques vient de perdre l’un de ses plus ardents défenseurs, un de ses plus emblématiques ambassadeurs, un de ceux qui le défendait toujours face à ses détracteurs et à ses ennemis toujours plus nombreux en cette époque de démission, de soumission.
Ceux qui ont la chance, la faiblesse ou le courage de croire qu’il existe un au-delà, peuvent espérer retrouver JCO un jour, là-haut avec Patrick, avec Thierry, avec Daniel, avec Fix, avec Mano et avec d’autres encore, dont l’absence est toujours plus terrible à supporter…. Après tout, il y a peut-être des limites à dépasser, à repousser, et de nouvelles pistes à tracer, là-haut ?
Jean-Luc ROY
