Un week-end avec Stewart à Monaco

 

Décidément, la nostalgie reste plus que jamais ce qu’elle était, et c’est tant mieux, surtout en matière de Formule 1 et de sports mécaniques ! Après le film Rush de Ron Howard consacré au duel Hunt-Lauda en 1976, dont j’ai déjà eu le plaisir de vous expliquer ici tout le bien que j’en pensais, voilà que « Week End of a Champion » , un film de Frank Simon produit et proposé par Roman Polanski apparaîtra sur les écrans le 27 novembre prochain.
L e thème de ce film présenté en séance spéciale au 66ème Festival de Cannes au mois de mai dernier en présence de Jackie Stewart et de Roman Polanski est en fait très simple : il s’agit d’un véritable documentaire sur la vie de Jackie et sa femme Helen, très charmante, pendant ce week-end très particulier du Grand Prix de Monaco 1971. Lors de discussion en tête à tête et en toute intimité, au petit déjeuner notamment, Jackie se livre totalement, explique à son pote Roman les subtilités du pilotage si précis et si délicat entre les trottoirs de Monaco. Mais au-delà des conseils de pilotage et des astuces stratégiques et techniques qui passionneront les fans de F1, c’est la simplicité, l’honnêteté du, futur, triple Champion du Monde, qui sont à la fois émouvantes et déroutantes. Au plan sportif, malgré sa pole-position le week-end de Jackie s’annonce tendu et difficile, ce qu’Helen confie avec franchise devant la caméra, elle n’a jamais senti son mari aussi tendu avant un GP. Il faut dire que Jackie avouera également lors de l’entretien qui réunit Jackie et Roman à Monaco 40 ans plus tard, dans la même suite su même hôtel, qu’ils avaient comptabilisé 57 pilotes disparus en course pendant cette période !

 
De fait les images, souvent tournées avec une caméra « subjective », très proche de Jackie et d’Helen, permettent de croiser Graham Hill, Piers Courage, Reine Wisell, Ronnie Peterson, Pedro Rodriguez, et bien sûr François Cevert, tous disparus tragiquement…. François avec qui on sent bien que Jackie est lié par une grande affection et une grande complicité, et à qui il essaie de donner les meilleurs conseils pour passer entre les pièges de Monaco.
Pas de commentaires en of, pas de synthés pour expliquer, seulement la franchise et la fraîcheur des longs plans séquences, qui nous replongent plus de quarante ans dans le passé, à une époque où les pilotes étaient courageux mais conscients de leur fragilité. Dans l’entretien enregistré 40 ans plus tard, Stewart confie qu’il savait très bien qu’il n’avait qu’une chance sur trois de survivre pendant sa carrière, il avait donc deux chances sur trois d’être tué, et il en avait parfaitement conscience, puisque son ami Jochen Rindt s’était tué à Monza en septembre 1970 et qu’il avait été titré Champion du Monde de manière posthume. On aperçoit d’ailleurs dans le film Nina Rindt, très digne et très grave… Helen explique que les femmes et compagnes de pilotes étaient très liées et qu’elles aidaient leurs amies à rassembler les affaires de celui qui ne rentrerait pas de ce circuit maudit, comme des acrobates dont l’un aurait raté son numéro. Terriblement émouvant et désarmant de simplicité et de courage.

 
Jackie Stewart évoque également avec honnêteté et franchise l’accident mortel de François Cevert, deux ans plus tard, le 6 octobre 1973 lors des essais libres du GP de Watkins Glen à la suite d’une terrible sortie de piste au volant de sa Tyrrell. Jackie, déjà titre Champion du Monde pour la troisième fois lors de cette saison 1973 devait disputer son 100ème et dernier GP et il y a renoncé, en hommage à son ami tragiquement disparu. La description de son arrivée sur le lieu de l’accident quelques secondes après la sortie de François fait froid dans le dos et on ressent, 40 ans après, toute l’émotion qu’a vécu Jackie, qui a toutefois tenu à reprendre le volant ensuite, juste pour prouver à Ken Tyrrell et à l’équipe technique, qu’il gardait confiance en sa monoplace et que ce n’était pas un manque de confiance en son team qui justifiait le fait de renoncer à disputer son centième grand prix.

 
Si vous voulez passer une heure et trente trois minutes en compagnie d’un gentleman, en compagnie d’un Champion, en compagnie de Sir Jackie Stewart, n’hésitez pas une seconde !
Merci à Roman Polanski d’avoir eu l’idée géniale de ressortir ce film, quarante plus tard, c’est un document exceptionnel pour savoir ce qu’était la course automobile dans les années 70!

Jean-Luc ROY

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