Plus de tabac, moins de débit!

Vous l’avez tous constaté, depuis une vingtaine d’années  les manufacturiers de tabac ont déserté les pontons des monoplaces en Formule 1, comme d’ailleurs des autres disciplines des sports mécaniques, pour des raisons de « santé publique », ou présumées telles…..

Ces surfaces publicitaires sont souvent  occupées dorénavant par des marchands de boissons  énergétiques, ou « énergisantes », comme vous préférez, mais c’est plutôt du liquide injecté dans les chambres de combustion des  V6 Turbo qui propulsent les F1 dont je vais vous parler aujourd’hui !

Ou plutôt du débit de ce carburant, contrôlé par des systèmes de mesure qui font débat, et même plus….

Vous vous souvenez que Daniel Ricciardo avait été déclassé à l’issue du Grand Prix d’Australie à Melbourne, perdant  ainsi le bénéfice de la superbe deuxième place acquise de haute lutte au volant de sa Red Bull-Renault  devant son public. La raison invoquée par les commissaires techniques pour justifier ce déclassement et cette sévérité était liée au fait que les débitmètres, ou « sensors » en anglais, « censés » contrôler en permanence la valeur du débit de carburant injecté dans les cylindres, avaient indiqué une valeur trop élevée à plusieurs reprises pendant ce GP.

Je sais bien, et  là on entre vraiment dans le domaine de la technique, même si les téléspectateurs et les internautes de MOTORS TV sont certainement plus « pointus » que d’autres sur ces sujets, il n’est pas très évident de simplifier à l’extrême pour que chacun puisse en saisir toutes les subtilités. Pour faire simple, la consommation de carburant est limitée grâce à l’allocation de 100 kilos pour toute la durée du GP, soit environ 140 litres pour un peu plus de 300 kilomètres, ce qui représente une réduction de près de 30 % pour les V6 Turbo 1,6 litre, par rapport à ce qui était permis en 2013 avec les V8 2,4 litres.

Mais la deuxième limitation est beaucoup plus drastique et beaucoup plus contraignante, puisque ces fameux débitmètres limitent à 100 kg/heure, le flux de carburant destiné à alimenter le moteur, et ce à tout moment de la course et des essais. De sorte qu’un motoriste  doit rester à tout moment dans cette limite, à condition que cette limite soit très précise et particulièrement fiable ? C’est là que le bât blesse, puisque Red Bull et Renault ont contesté la fiabilité de ces « sensors » dès les séances d’essais libres en Australie, et ils ont préféré recourir à leurs propres mesures pour la course, d’où l’exclusion de Ricciardo. Des problèmes qui ont également concerné d’autres équipes, plus prudentes, qui ont préféré rester dans le cadre préconisé, même si il était peu fiable. De nouveaux problèmes sont apparus en Malaisie, avec des changements de « sensors », mais il n’y a pas eu de contestation cette fois.

Restait à connaître l’issue réservée à l’appel  effectué par Red Bull après le GP d’Australie à propos du déclassement de Ricciardo, mais je vous en avais déjà parlé dans le Débriefing F1 sur ce site….sans surprise, et  je ne m’étais pas trompé, le Tribunal d’Appel de la FIA l’a jugé irrecevable !

Compte-tenu des déclarations de Jean Todt sur le sujet, et du fait que la FIA accordait beaucoup d’importance au respect strict de ne nouveau règlement, il n’y avait pas de suspense « Circulez il n’y a rien à voir ! »

Les constructeurs et les écuries sont prévenues, il va falloir respecter ce règlement au millilitre près, même si les performances de ces « power units »….ou « groupes propulseurs » sont dorénavant plus que jamais dépendantes de la quantité de carburant utilisé.

Espérons pour le sport, c’est toujours ce que j’essaie de défendre ici, même si cette vieille notion paraît parfois un peu surannée, que l’issue du championnat 2014 ne dépendra pas d’un débitmètre capricieux ou mal réglé, ce serait un comble !

Et là on pourrait penser que nous serions alors malheureusement entrés dans une compétition d’ingénieurs, très loin du pilotage, du talent, du risque, de la pureté des trajectoires et de la vitesse, bref de tout ce qui nous fait adorer la F1 depuis quelques dizaines d’années.

Jean-Luc  ROY, PDG de Motors TV

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