Volkswagen comme prévu

Nul doute que les dirigeants de Volkswagen auraient préféré célébrer le deuxième titre mondial WRC en Allemagne, entre cité romaine et vins de Moselle. Par un formidable double raté de ses deux stars Ogier et Latvala, il n’n fut rien. Et c’est à l’autre bout du monde, au pays des kangourous, que le titre est dans la poche.

Voilà, c’est fait, pourrait-on dire. Volkswagen est double champion du monde des rallyes. La meilleure équipe du moment, celle qui fait courir les meilleurs pilotes du moment, l’emporte. Sans faire affront à l’investissement financier et humain qu’un tel succès nécessite, c’est presque un non événement.  Avec neuf victoires en dix courses, comment peut-il en être autrement… Heureusement pour le constructeur allemand, ses pilotes lui ont offert pour l’occasion non pas un nouveau doublé mais un premier triplé. C’est rare ces choses-là et l’on se rappelle de celui de Citroën, au Monte Carlo, en 2003, grâce à Loeb, Sainz et McRae. On attendait celui de VW, il est arrivé en Australie avec Ogier, Latvala et Mikkelsen. En prime, on a eu droit à des photos sympa avec les trois équipages perchés sur le toit de la Polo.

Depuis qu’existe le nouveau barème de points, c’est la première fois qu’un constructeur est titré aussi rapidement dans une saison. Sinon il faut remonter à 1989 avec Lancia pour retrouver pareille domination. Voilà sans doute une des raisons qui poussent la commissions des rallyes et la FIA à modifier les règles du rallye. On peut en effet comprendre que promoteurs, organisateurs et fédérations aient envie que les titres se jouent lors de la dernière manche et ne soient pas pliés dans les faits à l’automne et dans les têtes avant même que la saison ne commence. Tenez, on peut même admettre qu’en fin tacticien du marketing, Jost Capito, le patron de VW Motorsport, appuie les solutions avancées par la commission et récemment rejetées par le Conseil Mondial. Il ,est malin, Capito: il est comme par hasard prêt à prendre ce risque, à permettre ses adversaires de gagner car il sait disposer de trois pilotes capables d’apporter, au final et le tout emballé dans une illusion de concurrence, les titres à sa marque! on ne peut cautionner pareil nivellement par le bas. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Prenons le fameux ordre de départ. Actuellement, le leader du championnat du monde ouvre la route lors de la première étape. La commission proposait de doubler la mise. L’idée, on la devine : permettre un bouleversement de la hiérarchie à chaque rallye, qui arrivant en leader étant quasi certain de ne pas pouvoir gagner. Ce n’est plus du sport et surtout inadapté à l’actuel format des rallyes du championnat du monde: dernière étape courte concentrée sur une demie-journée, sans trop de kilomètres chronométrés et comme seul point d’orgue la Power Stage. Un tel déséquilibre est également dangereux car il oblige l’équipage à attaquer au delà du raisonnable pour compenser le handicap. A méditer pour qui se dit concerné par la sécurité.

Si la commission veut persévérer dans cette solution, on peut lui suggérer deux axes. Le premier, décider que le format du rallye de Finlande, soit une première étape d’un jour et demi couvrant la moitié des spéciales, devient le format standard avec donc une deuxième partie quasi identique en terme de secteurs chronométrés. Le deuxième, faire de la première des trois journées la plus dense en nombre de spéciales et donc en terme de kilomètres chronométrés en évitant au maximum les boucles identiques. Il doit bien y avoir moyen de satisfaire tout le monde, tout de même, sans pour autant dégoûter ceux qui font la renommée du rallye : les équipages, pilotes et co-pilotes.

Patrick RIVET

 

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