Accident de Jules Bianchi : image ou pas image?

Nous sommes tous dans l’angoisse. Nous sommes tous au chevet de Jules Bianchi.  Nous sommes tous dans une interminable attente de nouvelles rassurantes. Pendant ce temps, s’installe un débat. Fallait-il, faut-il, montrer des images de l »accident. Sans être ni morbide, ni hypocrite, oui.

Youtube… Dailymotion… Instagram… Faccebook… Twitter… On vit sous la dictature de l’image, du selfie le plus anodin à la vidéo la plus horrible. Rien n’arrête l’image, entrée dans nos vies par la télévision qui en est encore un vecteur essentiel. Pour preuve, c’est bien elle qui retransmet en direct les Grands Prix de F1, à coups de droits qui font largement vivre promoteurs et équipes.  A Suzuka, la F1, maître de sa diffusion, a-t-elle instantanément manié la censure lors de l’accident de Jules Bianchi? Non si, par un concours de circonstance malheureux, aucune caméra ne s’intéressait à ce qui se passait alors sur la piste – on peut toute de même en douter. Oui, si elle dispose des images. Dans ce cas, ce fut mal géré. Tellement mal que les seules images montrées (un « synthé » avec le nom de Jules Bianchi alors que, de loin, on ne voit que la Sauber de Sutil, et des plans de coupe sur l’équipe Marussia) apportaient confusion (pourquoi une ambulance ?), incertitude, maladresse, incohérence, supputations. C’est un affront fait aux médias, un manque de respect envers des commentateurs que l’on est bien content de trouver quand tout va bien. Ils auraient dû s’appuyer sur un minimum: le début de la sortie de route, le crash, en vue lointaine ou sous un axe n’en montrant pas la violence, bref de quoi comprendre l’horreur de la situation. J’en vois déjà qui s’insurgent. Mais, me semble-t-il, les 30 avril et 1er mai 1994, nous avons vu les accidents de Roland Ratzenberger et d’Ayrton Senna. Autre date que Laurent-Frédéric Bollée et moi garderons à jamais en mémoire, celles impliquant Dan Wheldon le 16 octobre 2011. Nous avons vu et revu ce crash fatal en plans larges, sous plusieurs angles. Plus rien, ensuite. Normal. Mais au moins avions-nous eu l’information et au moins avions-nous pu faire notre travail. Preuve que le droit à l’information est donc cohérent avec la nécessité absolue de ne pas tomber dans le voyeurisme.

L’absence d’images officielles entraîne inévitablement l’explosion sur la toile, dont une vidéo « postée » par un spectateur. Ne nous laissons pas prendre par les cris d’orfraie. Terrifiante, elle l’est mais elle a au moins une vertu pédagogique et explicative.

Enfin, ne nous laissons pas berner par la fausse pudeur de la FOM. En censurant les images en direct, elle évita, en tout cas dans un premier temps, les critiques et les reproches quant aux circonstances même de l’accident. Présence d’engin de levage et non de grues, confusion dans les drapeaux, pourquoi pas excès de zèle des commissaires et absence de neutralisation sous voiture de sécurité. Bernie Ecclestone réclamait une enquête indépendante, Jean Todt a mandaté le directeur de course, Charlie Whitting et veut des réponses avant Sotchi.  Que ce soit dans les méthodes et les moyens de dépannage ou dans les procédures à mettre en place, il y aura certainement un avant et un après Suzuka 2014.

Patrick Rivet

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4 résponses à "Accident de Jules Bianchi : image ou pas image?"

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