Jean-Pierre Beltoise : le renouveau du sport automobile français

 

Il y a eu des larmes, il y a eu de la douleur, il y a eu de la tendresse et des soupirs ce lundi 12 janvier dans la petite église de Saint-Vrain dans l’Essonne pour accompagner Jean-Pierre Beltoise lors son dernier tour de piste sur cette terre, et aussi pour entourer Jacqueline, Anthony et Julien, Michel son frère, Christian son beau-frère et Vincent son neveu, dans ces moments toujours très difficiles à supporter.

Mais il y eu des rires aussi et de l’émotion, quand Michel Beltoise a évoqué les souvenirs et les anecdotes qu’il avait partagés avec Jean-Pierre, ou quand Philippe Monneret a rappelé l’amitié et l’affection qu’il éprouvait pour lui, ami très proche de son père Georges, sans oublier Jean-Claude Andruet qui a rappelé quelques beaux souvenirs.

Pour les passionnés de sport automobile qui se souviennent des années 60 et 70, Jean- Pierre Beltoise était bien plus qu’un pilote, c’était un symbole, une « icône », écrirait-on aujourd’hui, la signification des mots étant toujours plus galvaudée.
Au même titre qu’Henri Pescarolo, François Cevert, Jean-Pierre Jaussaud, Jean-Pierre Jarier, et même Jean-Pierre Jabouille et Jacques Laffite quelques années plus tard, Beltoise a personnifié la relance du sport automobile français initiée par le patron de Matra Jean-Luc Lagardère, soutenu et épaulé par Elf, grâce à François Guiter, qui nous a quittés il y a quelques semaines.

Les fans que nous étions ont vibré aux exploits de ces pilotes en bleu, engagés en F3, F2, mais aussi F1 et bien sûr aux 24 Heures du Mans et même au Tour de France automobile, le vrai, où les Matra 670 « homologuées » pour circuler sur route ouverte nous provoquaient des émotions incroyables simplement en entendant le feulement de leur moteur V12 !

Si je devais d’ailleurs évoquer deux anecdotes personnelles concernant Jean-Pierre, elles auraient pour cadre le Tour Auto et les 24 Heures du Mans.

Avec mon père et mon frère, nous nous étions placés près de l’assistance Matra juste avant le départ de l’épreuve spéciale du phare de la Coubre lors du Tour Auto 1970, près de Royan en Charente-Maritime. Il faisait nuit et nous discutions depuis une trentaine de minutes avec les mécaniciens de l’équipe d’assistance quand un hurlement de V12 dans la forêt a provoqué une réaction immédiate de toute l’équipe, prête à intervenir.

Quelques secondes plus tard, des phares puissants nous éblouissaient, précédant l’arrivée de la première MS 670 pilotée par Jean-Pierre Beltoise, navigué par Jean Todt. En quelques instants, les mécanos changeaient les pneus, contrôlaient les freins, procédaient à quelques réglages et modifications sous la lueur des projecteurs d’appoint et des quelques flashes des fans présents à cet endroit stratégique. Le temps de croiser le regard de Jean-Pierre, déjà concentré, Jean Todt étant plongé dans ses notes et un coup de démarreur redonnait vie au V12 !

Quelques secondes plus tard c’était au tour de l’autre 670, aux mains d’Henri Pescarolo, avec Johnny Rives à ses côtés, de s’arrêter juste devant nous ! Même ballet féérique, précis, impressionnant des mécanos et la deuxième Matra bleue s’éloignait dans une symphonie magique. Quelques minutes plus tard, nous entendions les V12 chanter dans la forêt, pendant que leurs équipages s’élançaient l’un derrière l’autre sur le parcours de l’épreuve spéciale ! Sur la route du retour, dans la voiture, nous étions encore très excités tous les trois par cette brève rencontre et par la passion que nous avions ressentie en discutant avec les mécaniciens, quand mon père jeta un œil dans le rétroviseur en disant : «  Les voilà ! ».
Immédiatement, la première des flèches bleues nous laissa sur place dans un hurlement indescriptible, très vite suivie de la deuxième….. A cette heureuse époque, il n’y avait ni radars, ni limitations de vitesse : nous ne pouvions même pas imaginer notre bonheur !

La deuxième anecdote se déroule cette fois lors des 24 Heures du Mans 1972, où, épuisés, vers 5 heures du matin, nous étions partis prendre un peu de repos dans la voiture, toujours avec mon père et mon frère, mais la passion était telle qu’il était impossible de s’endormir vraiment.
Au bout d’une demi-heure, l’un d’entre nous, simplement en comptant le nombre de miaulements émis par les V 2 dans la nuit déclara : « Ca va, elles sont encore toutes là ! », et nous sommes repartis immédiatement sur le bord de la piste !

J’avais également vibré, comme beaucoup, en vivant devant mon écran de télévision la première victoire de Jean-Pierre au volant de la BRM sous la pluie de Monaco, et elle m’était apparue comme une belle revanche sur le sort !

Devenu journaliste, j’ai bien sûr eu le privilège de côtoyer Jean-Pierre sur de nombreux circuits, mais aussi d’apprécier son franc parler et sa passion, y compris pour la moto dont je suis également aussi passionné que par l’auto, comme lui.

Voilà une partie des pensées qui me sont revenu lundi, au milieu de tous les amis de Jean-Pierre, dans un petit village de l’Essonne, en regardant tous ces visages marqués par la tristesse et la douleur, comme celui de Jean-Pierre Crouillebois, mais il fallait bien le laisser là pour ne garder que nos souvenirs !

A bientôt, Jean-Pierre, dans un monde meilleur…, je l’espère !

Jean-Luc ROY

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1 résponse à "Jean-Pierre Beltoise : le renouveau du sport automobile français"

  • didier chabrerie a écrit:
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