Disparition de Gérard Ducarouge

Il y a parfois de troublantes coïncidences. je venais à peine de feuilleter le numéro 2000 d’Auto Hebdo qui me renvoyait dans le passé que j’apprenais le décès, à 73 ans, de Gérard Ducarouge, l’ancien ingénieur Matra, Ligier et Lotus. Une figure. Une personnalité. Et voilà que reviennent quelques souvenirs…

Il fut de toutes les belles aventures du renouveau du sport automobile français, à l’image d’un autre cher disparu récemment, Jean-Pierre Beltoise. Mais lui était du côté de la planche à dessins ou sur le muret des stands. Avec Matra, il a vécu les victoires aux 24 Heures du Mans ou en championnat du monde quand l’équipe française rivalisait avec Ferrari. Avec Ligier, il a connu la naissance d’une équipe de Formule 1 puis la victoire grâce à quelques millésimes, dont la JS 11 de 1979, qui aurait pu être championne du monde. Avec Lotus, où il côtoya Ayrton Senna, il acquit une sorte de reconnaissance mondiale, offrant au Brésilien, avec la Lotus 97T, sa première victoire sous le déluge portugais à Estoril. Gérard passa également par Alfa Romeo, collabora avec Larrousse et revint chez Ligier. Il conçut même, une fois retiré des circuits, des taxis sur base Renault Espace pour la Malaisie…

Je me rappelle avoir partagé avec lui quelques heures en voiture à l’occasion d’un Grand Prix du Japon. C’était en 1988. Il était alors un peu rangé de la F1 et était invité par Elf. Par « chance » ou plutôt malchance vu la distance, nous étions dans le même hôtel, à Nagoya. Pas la porte à côté. Le vendredi matin, pas de souci. Lui passager de la navette qui le conduit au circuit…. et moi dans ma voiture de location la suivant à la trace, on arriva à bon port. Non, sans, de mon côté, avoir tenté de prendre quelques repères visuels.

Fin d’après midi. La nuit ne va pas tarder à s’installer sur Suzuka et je croise alors Gérard Ducarouge, seul. « Sa » navette est partie. On fera donc route ensemble. Autrement dit, on va se soutenir dans cette épreuve qui consiste à regagner Nagoya sans, ni l’un ni l’autre, savoir vraiment où l’on va ! Au début, les repères visuels fonctionnent… à gauche au collège… dont la cour de récré est vide désormais… Puis à droite… l’autoroute, pas si mal… Pendant ce temps-là, bien sûr, on discute. De F1. De Senna. De sa vie hors circuit… On passe le péage. Il fait nuit, désormais. Adieu les fameux repères visuels… On se demande alors bien comment nous allons pouvoir retrouver notre hôtel, quand quitter cette voix rapide qui surplombe la ville pour regagner les lumières de la la ville. Supputations en tout genre avant de tomber d’accord : on va prendre la sortie suivante. Je lui propose de le déposer à une station de taxi. Dont acte. Je l’aperçois discuter avec le taxi qui refuse de le prendre. je le vois revenir vers la voiture pour m’annoncer avec un grand sourire que le conducteur a refusé… car nous étions à quelques centaines de mètres du but ! Pur hasard mais quel soulagement. Un demi-tour et nous étions à bon port. Salut Gérard.

 

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